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 L’ETRANGE MÉTÉORE DE 1676

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ElricWarrior
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MessageSujet: L’ETRANGE MÉTÉORE DE 1676   Jeu 10 Mai - 7:42

L’attention du chercheur qui fouille dans de vieilles archives est parfois attirée inopinément par un titre mentionné dans un catalogue de bibliothèque, dont la lecture peut conduire à de curieuses découvertes.
L’opuscule édité à Faenza, en Emilie, par Giuseppe Zarafalli en 1676, se trouve à la Bibliothèque nationale centrale de Florence, dans la collection Magliabechiana sous la cote 5-2-129. L’auteur est l’érudit Pietro Maria Cavina, astronome et mathématicien qui vécut dans la deuxième moitié du XVIIe siècle et à qui l’on doit des écrits historiques sur sa ville natale et un projet de canal navigable pour relier Faenza à la mer Adriatique et à la mer Tyrrhénienne. Cavina dédia ce mince ouvrage au grand bibliographe et érudit florentin Magliabechi. Il eut recours pour sa documentation à plusieurs correspondants et il utilisa les témoignages recueillis aux divers endroits où le phénomène put être observé. A son époque, les hommes savaient encore tourner leurs regards vers les étoiles ! Le titre complet est : Fax seu Lampas volans magnum meteoron visum post occasum solis diei 31 Martii 1676. Epistolica dissertano Pétri M. Kavinae. Iterum edita. Adjectis cl. virorum dubitationibus, autorisque responsis. (Le flambeau ou la torche volante. Grand météore vu après le coucher du soleil le 31 mars 1676. Dissertation en forme de lettre par Pietro Maria Cavina. Seconde édition. Augmentée des objections de personnages illustres et des réponses de l’auteur.) La dédicace porte la date du 25 juillet. Résumons brièvement le contenu.
Une heure après le coucher du soleil, le ciel s’illumina soudain comme en plein jour : on vit apparaître un corps brillant, grand comme la pleine lune (laquelle à ce moment se trouvait en conjonction avec le soleil), qui se rapprochait progressivement du zénith et se terminait par une queue d’une couleur jaune d’or. Les témoignages diffèrent sur sa forme – ronde, elliptique, d’un ovale très allongé…
Le phénomène dura une ou deux minutes et fut observé à Faenza, Rome, Florence, Venise, Trêves en Allemagne, Pise, Livourne et en mer d’un bateau situé près des îles Baléares. Dans les différentes villes d’Italie, toutes les observations furent faites à peu près à la même heure. Les témoins vénitiens remarquèrent qu’après avoir atteint le zénith, ce corps avait marqué un léger temps d’arrêt et avait ensuite repris sa course vers l’ouest, où il avait disparu dans un nuage avec un grondement de tonnerre. Au passage du bolide, un paysan de Modigliana mourut de peur à Florence, les fenêtres furent ébranlées et on crut à un tremblement de terre, il est à noter que le grondement fut très fort en Emilie et en Toscane, et qu’il ne fut pas perçu à Venise.
Cavina essaie d’établir s’il y a eu un ou plusieurs phénomènes concomitants, calcule la distance et l’altitude du météore, qu’il évalue à 160 kilomètres au moins en effectuant une triangulation, basée bien entendu sur les connaissances de l’époque ; il cherche aussi à en déterminer la provenance et la cause, qu’il suppose d’origine volcanique. « … Si je ne me trompe, c’est à cette époque qu’un tremblement de terre a frappé diverses îles sous domination turque situées à l’est, et libéré avec violence, semble-t-il, une grande quantité de substances nitreuses et sulfureuses des entrailles de la Terre, transportée par la force des vents, condensée, enflammée et projetée en hauteur… »
Il examine la trajectoire à partir de plusieurs témoignages qui la faisaient aboutir dans un grand nuage, et il avance l’hypothèse de la nature essentiellement gazeuse du corps météorique. Après avoir mentionné et expliqué la cause du sifflement et du grondement final, il rompt une lance contre la croyance populaire qui attribuait une influence néfaste à ces manifestations.
Dans les douze pages in-folio qui constituent la plaquette, on ne sait s’il faut admirer le plus l’érudition de l’auteur et l’habile usage qu’il fait des citations et des démonstrations ou sa méthode d’examen d’une clarté toute cartésienne.
A l’appui du témoignage de Cavina, on a retrouvé à la Bibliothèque nationale centrale de Florence sa correspondance avec Antonio Magliabechi (Mss. Lett. Autogr. II-IV-549), qui fait état de l’échange d’informations et de réflexions avec les savants de l’époque, de Kircher à Schurtzfleish, de Gronovius à Arnold, de Montanari à Cinelli. Sa méthode de calcul et ses estimations suscitèrent les réactions de quelques mathématiciens de Rome et de Bologne, mais il sut présenter sa défense. A près de trois siècles de distance, il est difficile de porter un jugement exhaustif, d’autant plus qu’on n’a pu retrouver les lettres originales des témoins qui, de son aveu même, contenaient de nombreux détails dont il n’a retenu que ceux qui étaient communs à tous les témoignages.
De quel type de météore s’agit-il et a-t-il laissé des traces matérielles ? Si l’on considère l’altitude à laquelle s’est manifesté le phénomène, la trajectoire apparente et le temps mis à la parcourir, on peut supposer que les vestiges éventuels tombèrent dans l’Atlantique. Il ne semble pas cependant que des documents espagnols de l’époque en parlent, à moins qu’ils ne dorment dans quelques archives publiques ou privées.
Cavina optait pour la nature volcanique du bolide, et si l’on rapproche cette opinion des conceptions et des recherches modernes sur la nature et l’origine des comètes et des météores (cf. en particulier les travaux du Soviétique S. K. Vsekhsviatsky) on est amené à se demander pourquoi, dans les cosmogonies actuelles, on n’a pas encore tranché entre les deux théories exposées par Laplace et Lagrange voilà plus d’un siècle et demi et qui divisèrent les astronomes en deux camps.
Au siècle dernier, la théorie de Laplace sembla prévaloir, tandis qu’en 1962 les discussions et les recherches astronomiques aboutirent à une remise en honneur de la théorie de Lagrange. On pense en outre que les forces internes du volcanisme, sur Jupiter et sur Saturne en particulier, font voyager entre les planètes du système solaire ces niasses, qui contiendraient des substances et des gaz propres à ces planètes. Il serait intéressant de pousser à fond les recherches dans ce sens. L’essai de Vsekhsviatsky peut aider à une meilleure connaissance du problème et apporter un début de réponse aux questions que se posent encore les astronomes.
Quoi qu’il en soit, il semble qu’il faille exclure l’hypothèse ufologique – sous réserve d’une étude plus approfondie de ce curieux phénomène céleste à partir des données en notre possession.

Bibliographie

Dominico Guglielmino, Volanlis flammae a Geminiano Montanario examina tue Epilropeia, sive propositiones geo-graphico-astronomico-geometrico-opticae demonstratrae. Bononiae, Manolessius, 1677 (BNCF, Magi. 1.7. 168).
Paul Couderc, Histoire de l’astronomie, Paris, Presses Universitaires de France, 1966, p. 128.
Jean Dufay, Les comètes, P. U. F., 1966.

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