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 Comment Alain a tenu, enterré vivant 8 heures

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ElricWarrior
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MessageSujet: Comment Alain a tenu, enterré vivant 8 heures   Mar 27 Mar - 12:34



Il y a une semaine jour pour jour, Alain Bouscayrol sortait de l'hôpital. Mâché, claqué, mais vivant. Un épilogue extraordinaire au regard de ce qu'il a vécu le 20 septembre 2016, à Mirandol-Bourgnounac. Interview d'un survivant.

Bonjour M. Bouscayrol. Comment allez-vous ?

Bien, merci. J'ai perdu 5 kg depuis le 20 septembre. Je suis passé de 67 à 62 kg, pour 1m78. Mais je vais les récupérer. Je mange sans arrêt depuis que je suis rentré. C'est la première fois de toute ma vie que j'allais à l'hôpital. Je suis resté six jours en réanimation où on a soigné mon pneumothorax. J'ai encore un bras qui ne fonctionne pas, car mon muscle a été écrasé. Mais je sens que ça va revenir. Je bouge déjà ma main, regardez. Pour les cervicales aussi, ça devrait aller à force, avec les séances de kiné. Là, ça me fait comme un torticolis.

Alors, que s'est-il passé ce fameux 20 septembre, dans la forêt, à Mirandol ?

Je voulais rentrer du bois pour l'hiver. Et il se trouve que j'avais des arbres déracinés depuis plus de 10 ans, suite à une tempête. Je m'attaquais à la dernière bille, vers 16 heures. Je l'avais attachée au treuil forestier, derrière mon tracteur. Je pensais que le tronc ne bougerait pas. Malheureusement, il est parti et la souche avec. Je n'ai pas eu le temps de réagir. Je me suis retrouvé pris comme un rat sous une planche. Je ne pouvais bouger que le pied droit, ce qui m'a permis de contrôler que je n'étais pas paralysé. Là, je me suis dit : «la colonne, c'est bon». Après, j'ai compris, que j'étais sur le dos, la tête en bas, dans la pente, et les jambes plus haut, une dans les racines, l'autre allongée. J'ai cru que j'avais la tête éclatée. Elle était coincée de travers, sur une épaule. J'avais mes bras le long du corps. Et je ne voyais plus la clarté du jour. C'était ça le plus terrible. Avec le fait d'être extrêmement comprimé. Ma respiration était limite. A un moment, j'ai essayé de crier pour appeler à l'aide. Mais ça m'étouffait. Très vite, je me suis dit : «Alain, calme-toi, garde ton air ; ça sert à rien de crier, personne ne t'entendra.» En plus, il y avait le tracteur qui continuait à tourner au bas du champ, à 30 mètres de moi.

Vous avez eu peur de mourir ?

Oui. J'ai pensé à toute ma famille. A ma femme Régine. A ma fille Floriane, qui m'avait offert un âne pour mes 60 ans, il y a deux ans. Et puis à son fils Hugo, qui a 3 ans. Et là, j'ai arrêté de pleurer. Je me suis dit : «Il faut que je tienne, il faut que je tienne. Je veux le voir grandir.» Tout le temps, je revenais à lui. On est souvent ensemble. À un moment, j'ai failli m'endormir. Je me suis reconcentré sur ma famille pour rester éveillé, mais à chaque fois je revenais sur le petit.

Vous avez un mental hors du commun !

Je suis quelqu'un de calme ; ça m'a aidé. Et puis, je savais qu'à un moment donné, Régine viendrait à ma recherche. À chaque fois que je pars, je lui dis où je vais. Elle ne connaissait pas l'endroit, mais elle a appelé un voisin qui savait où c'était.

Régine a appelé les pompiers à 20 h 31, vous avez donc passé 4 h 30 dans cette position. Comment avez-vous réagi quand vous l'avez entendue arriver ?

J'ai dit : «Je suis là». D'abord, elle n'a vu que le bas de ma jambe. Le voisin a voulu commencer à gratter le sol pour me dégager. J'ai dit : «ne touchez à rien. Allez chercher les secours, vite !» Car il suffisait que le tronc bouge de 5 mm et je mourrais écrasé.

Quand les pompiers sont arrivés, vous vous êtes dit, ça y est, je suis sauvé ?

Par tout de suite. Car je savais que c'était dangereux d'enlever ce tronc. J'ai pensé quand même qu'en une heure, ils pouvaient me dégager. Mais ça a été beaucoup plus long que ça. Alors, j'ai commencé à plaisanter avec eux et avec mon voisin, qui est médecin généraliste. Je lui ai dit : «Bernard, va chercher le tracto. Tu n'auras plus vite fait qu'eux.»

Les pompiers m'expliquaient qu'il fallait aller lentement, qu'il fallait préparer mon corps. J'ai compris pourquoi quand ils ont commencé à soulever la souche. J'ai ressenti aussitôt une douleur insupportable aux bras. Ils étaient complètement endormis ; le sang a dû recirculer sans doute. Enfin, quand j'ai pu me glisser sur la civière, j'ai pensé que les pompiers allaient me ramener chez moi. Mais je ne serais pas allé loin. Le lendemain, je ne marchais plus.

Cet accident a changé votre regard sur la vie ?

Oh oui, d'autant que, avant de partir en hélico, j'ai entendu dire qu'il allait peut-être falloir m'amputer. Heureusement, ce n'est pas le cas et ça va de mieux en mieux. Je ne m'en fais plus pour rien. Quand on sait à côté de quoi on est passé, ce n'est plus pareil. Je n'ai pas envie de m'emmerder la vie maintenant. Déjà, j'ai arrêté de fumer. Ma dernière cigarette, c'était cinq minutes avant l'accident.

Le sauvetage raconté par les pompiers
Le lieutenant Alain Fournier était de service lorsque l'alerte a été déclenchée le mardi 20 septembre 2016, à 20 h 31. Pompier depuis 1981, c'est un homme expérimenté, spécialisé dans les sauvetages déblaiements depuis près de 30 ans. Mais il avait rarement eu à faire face à ce type d'intervention dans le Tarn. «Nous intervenons généralement pour des sauvetages en milieux effondrés pour porter secours à des personnes ensevelies à cause de tempêtes, chutes de neige, tremblements de terre… À Mirandol, c'était une mission vraiment particulière.»

Lorsqu'il est alerté par le Codis, il sait déjà par le chef de salle que la pente est raide sur les lieux de l'accident. Il va falloir mettre en place une main courante (NDLR : une corde) pour la sécurisation des intervenants.

Les pompiers des centres de secours voisins sont les premiers sur les lieux avec le Samu. Le lieutenant Fournier arrive en deuxième rideau avec une dizaine de spécialistes en déblaiement sollicités un peu partout dans le département, donc qui arrivent de plus loin.
«D'abord, nous avons analysé la situation et en premier lieu les points défavorables : le site très pentu et le sol meuble notamment. Manipuler la souche qui recouvrait la victime, c'était courir le risque qu'elle s'enfonce. D'un autre côté, on ne pouvait pas l'enlever tout de suite, même avec nos trois tire-fort car, dans les cas de compression comme celui-là, le risque pour la victime est le crush syndrome : quand les muscles ne sont pas irrigués longtemps, ça produit des toxines qui, si on relâche trop vite, pénètrent l'organisme, attaquent le système rénal. Il y a un risque de décès. Donc, le Samu a d'abord médicalisé la victime.» Alain se souvient encore de la pause de la perfusion au genou. «C'est ce qui m'a fait le plus mal jusqu'à ce que le produit me soulage.»

À partir de là, les pompiers ont pu travailler. Certains ont débroussaillé un chemin moins escarpé pour remonter la civière en fin d'intervention, tandis que le lieutenant Fournier et ses hommes se sont attaqués à la souche. «Il a fallu renforcer les abords avec des fiches et des bastings. On a aussi planté de gros clous dans la souche pour sécuriser les sangles qui la maintenaient et éviter qu'elles glissent lors de la manœuvre de basculement. Tout cela a demandé un gros temps de préparation. On savait qu'on n'aurait pas de deuxième chance. On avait estimé le poids de la souche à 300 kg. Si elle bougeait, c'était fini pour le monsieur dont on voyait à peine la tête et une jambe à mi-cuisse. Pendant tout ce temps, on s'est relayé auprès de ce monsieur. Le contact avec la victime est primordial dans toute intervention de secours. Forcément, ça crée des liens. Donc, quand le monsieur a été dégagé, c'est un ouf de soulagement pour tout le monde. L'autocongratulation, ce n'est pas dans notre état d'esprit. Mais savoir qu'il nous a remerciés, ça fait chaud au cœur.»

B. D.
Publié le 08/10/2016 à 09:13, Mis à jour le 08/10/2016 à 12:59 : la dépèche

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