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 Que sont devenus les bébés fantômes de l'Irlande ?

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ElricWarrior
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MessageSujet: Que sont devenus les bébés fantômes de l'Irlande ?   Dim 10 Aoû - 13:28

796 enfants sont morts dans l'orphelinat de la ville de Tuam entre 1925 et 1961. Mais ils n'ont pas été enterrés dans le cimetière de la ville...

On entend des rires. Sur l'aire de jeux, mangée par l'herbe folle, un toboggan fatigué : les gamins viennent là pour taper le ballon, ou traîner. Avant qu'on ne construise cette aire, il y a sept ans, ils étaient déjà irrésistiblement aimantés par l'endroit. C'était alors un terrain vague, encerclé d'immeubles et de pavillons, construits dans les années 1970, à Tuam, une petite ville du nord-ouest de l'Irlande.

En revanche, pas plus aujourd'hui qu'hier aucun enfant ne chahute dans le jardin clos qui jouxte le terrain. Au fond, il y a une Vierge Marie et une pierre où il est marqué "A la mémoire de tous ceux qui sont enterrés ici". Les habitants du quartier en prennent soin, depuis quarante ans. Dans le voisinage, tout le monde sait que, quelque part sous le sol, reposent des corps de bébés. Les "home babies", comme on les appelait, les enfants de l'orphelinat.

Beaucoup d'os remontés à la surface

Il reste encore des bouts de l'enceinte en pierre qui encerclait cette institution dominant la ville. Elle occupait un terrain de plusieurs hectares. Elle a fermé en 1961. Pendant une dizaine d'années, l'immense bâtisse grise a continué à provoquer des cauchemars chez les enfants à qui les parents disaient : "Si tu n'es pas sage, on t'enverra à l'orphelinat !"

Et puis, dans les années 1970, les bulldozers sont venus. Ils ont tout cassé et retourné le sol. Des choses étranges sont alors remontées à la surface : beaucoup d'os. On n'en a pas trop parlé, il fallait terminer les constructions, mais certains se souviennent. Un jour de 1975, Frannie Hopkins, 12 ans, et Barry Sweeney, son copain d'école, sont venus jouer sur le chantier.

Il y avait une espèce de trou, avec un couvercle. On a soulevé le couvercle. Dessous, il y avait plein de petits squelettes", raconte le premier.

Il a aujourd'hui 51 ans, il a été casque bleu pour l'ONU pendant quinze ans, mais la vision de ces petits crânes entassés reste encore nette dans sa mémoire. "Quand on l'a raconté à nos parents, ils nous ont interdit de revenir jouer sur le terrain. On est revenus, bien sûr. Mais il n'y avait plus rien. Les gens du chantier avaient remblayé et mis de la terre par-dessus."

Un prêtre est venu ensuite pour bénir l'endroit. Dans ce coin du terrain, resté non construit, les habitants ont décidé de faire un petit jardin du souvenir. Pour qui exactement ? Pour combien de disparus ?

Ils étaient des enfants illégitimes

Il a fallu l'opiniâtreté de Catherine Corless, femme d'agriculteur, passionnée d'histoire locale et de généalogie, pour découvrir le nombre d'enfants morts dans ce lieu. Elle-même, fille du pays, a gardé le souvenir de ces pensionnaires, ombres grises, si tristes, qui marchaient en rangs dans les rues de Tuam :

On les entendait, surtout, avec leurs grosses galoches qui raclaient le sol. Jusqu'à 7 ans, ils venaient à l'école avec nous. Mais personne ne leur pariait, ils étaient assis au fond, à l'écart. Et, le soir, les religieuses les faisaient sortir dix minutes avant."

Les home babies n'étaient pas des enfants comme les autres. Ils étaient des enfants illégitimes, des bâtards. Leurs mères étaient des "filles perdues", comme on les appelait, des femmes tombées enceintes hors mariage. Elles venaient accoucher à l'orphelinat, avaient le droit de rester un an auprès de leur enfant, puis étaient ensuite envoyées dans les tristement célèbres Magdalene laundries, ces blanchisseries-prisons où elles travaillaient, gratuitement, enfermées parfois pendant toute leur vie.

Les gamins, eux, restaient. Certains étaient adoptés, souvent aux Etats-Unis, d'autres, mis en pension dans des familles de la campagne environnante à qui ils fournissaient une main-d'œuvre corvéable à merci.

Elle a décompté 796 enfants morts

Comme dans toutes les institutions de ce genre, le taux de mortalité était effarant. Le "marasme", le nom médical de la malnutrition, faisait des ravages. Les épidémies infantiles, tuberculose, rougeole et autres, aussi.

En faisant des recherches, Catherine s'est interrogée sur ce qu'étaient devenus tous ces enfants morts. Elle a demandé leurs certificats de décès, en commençant en 1925, date de l'ouverture du lieu. L'idée était juste d'inscrire les noms sur une plaque du souvenir. Les documents se sont accumulés.

Au total, elle a décompté 796 enfants morts, mais elle n'a jamais su où ils avaient été enterrés.

J'ai dépouillé les registres de tous les cimetières des environs, dit-elle. Rien."

Teresa Kinley, qui préside le comité des habitants de Tuam s'occupant de récolter de l'argent pour ériger un mémorial en souvenir des bébés morts, raconte :

Personne ne savait ce qui se passait derrière les murs du «Home». Il aurait suffi aux religieuses de traverser la rue, pour venir les enterrer au cimetière de la ville. Mais ces enfants étaient des enfants illégitimes. Elles les ont donc enterrés à la sauvette dans l'enceinte de l'orphelinat."

Où, exactement ? Sous l'aire de jeux, du petit jardin, où se trouvait justement une fosse septique ? C'est l'hypothèse que privilégient Catherine Corless et les habitants du quartier.

2009, un rapport sur les abus sexuels

Après la révélation du scandale au printemps dernier, une commission d'enquête gouvernementale a été nommée, avec à sa tête Yvonne Murphy, une juge à la retraite, un profil de haut calibre : c'est elle qui, en 2009, a rendu un rapport sur les abus sexuels dans le diocèse de Dublin. L'enquête doit faire la lumière sur ce qui s'est passé à Tuam mais aussi dans toutes les autres "maisons mère-enfant", comme on les appelle en Irlande.

Le drame des bébés sans sépulture est en effet tristement banal. A Dublin, l'association des Survivants de Bethany, du nom d'un orphelinat protestant, en a décompté 219. A Cork, ceux de la maison de Bessborough parlent de plus de 600.

Partout, les révélations pourraient être explosives : des historiens suggèrent que nombre de ces pensionnaires ont été des cobayes pour des essais de vaccins.

Le pays se jette son passé en pleine figure



Les bébés morts irlandais ont fait la une des journaux de la planète entière. Sur place, la boîte de Pandore s'est ouverte. Une nouvelle fois, après les scandales sur les abus sexuels dans le clergé, puis le rapport gouvernemental rendu l'an dernier sur la servitude des femmes enfermées dans les Magdalene laundries, le pays se jette son passé en pleine figure.

Le succès du film "Magdalene Sisters", en 2002, ou, l'année passée, de "Philomena", le film de Stephen Frears, qui raconte la quête d'une mère à la recherche du fils qu'elle a dû abandonner, le montre : le pays est aujourd'hui obsédé par ce passé qu'il a longtemps refusé de voir.

Avec la crise économique, notre rêve d'une Irlande triomphante a coulé. On s'est au contraire engagé dans une phase d'autocritique très violente de notre histoire. Et de l'Eglise catholique, un bouc émissaire très pratique", dit Lindsey Earner-Byrne, historienne à l'université de Dublin.

"A Belfast, en Irlande du Nord, nous étions sous emprise protestante, mais c'est exactement la même chose qui s'est passée", explique en effet Margaret McGuckey, elle-même née dans l'une de ces institutions.

De l'île tout entière, les femmes fuyaient en bateau en Angleterre. On les appelait les PFI, "pregnant from Ireland". C'est encore le cas aujourd'hui, puisque l'avortement est toujours interdit. "Sinon, dit l'historienne, qu'elles ne prennent plus le bateau, mais des vols low cost." Ou meurent, parfois, comme cette jeune femme qui, en 2012, n'a pu obtenir une interruption de grossesse alors que sa santé était en danger.

Où sont les 796 petits morts ?

David Burke, rédacteur en chef du "Tuam Herald", le premier à avoir raconté l'histoire de l'orphelinat de sa ville, le souligne :

On a tous eu dans nos familles une tante exilée dans une "Magdalene laundry" après une grossesse illégitime."

La dirigeante du Parti travailliste, Joan Burton, a révélé, après le scandale, qu'elle-même avait été un de ces enfants privés de mère. Elle aurait dû être envoyée aux Etats-Unis, comme beaucoup le furent, mais, malade, elle est finalement restée en Irlande, où une famille l'a adoptée.

Bien sûr, certains éditorialistes ont fustigé "l'obsession de la repentance" et tenté de mettre en doute la véracité des faits rapportés. Des tabloïds avaient en effet exagéré le scandale en titrant : "800 bébés jetés dans une fosse septique."

Aujourd'hui, il n'y a toujours aucune certitude sur l'endroit précis où ont échoué les 796 petits morts de Tuam. On ne le saura peut-être d'ailleurs jamais. Est-ce le plus important ? Depuis le scandale, Catherine Corless a reçu une centaine de mails. Certains venaient de femmes qui ont dû abandonner leur enfant et qui, enfin, osent en parler. D'autres, d'anciens pensionnaires qui cherchent aujourd'hui des traces de leur mère.

Sa mère réussit à s'enfuir

John Rodgers est né dans le Home. Après avoir passé des années en Australie, puis au Royaume-Uni, il est revenu s'installer dans la région, à Williamstown. Pensif, il contemple le jardin où reposent les enfants.

J'aurais pu être l'un deux. Je n'étais pas bien costaud... J'étais si seul. On était une centaine laissés à l'abandon. Ca tournait beaucoup. Entre ceux qui partaient pour l'adoption et les nouveaux, il était impossible de se faire des amis..."

Quand il a eu 1 an, comme c'était la règle, Bridie, sa mère, a été envoyée dans la Magdalene laundry de Galway, à une trentaine de kilomètres de là, ne gardant comme souvenir de son fils adoré qu'une boucle de cheveux blonds. A l'âge de 7 ans, celui-ci est adopté par une famille de fermiers des environs. Bien des années plus tard, Bridie réussit à s'enfuir de la blanchisserie. Elle veut récupérer son fils. Il a alors 15 ans. Il la rejette.

Pour moi, c'était une criminelle, puisqu'elle était recherchée."

Les fermiers refusent de rendre leur enfant adoptif. Ils donnent de l'argent à Bridie pour qu'elle s'exile au Royaume-Uni. "Elle a tenté de me revoir, ensuite, bien des fois. Je n'étais pas prêt. Ce n'est qu'à la trentaine, bien longtemps après, que j'ai renoué avec elle", dit le sexagénaire. En 2006, il a écrit un livre en hommage à la vie de sa mère. "Il est paru après sa mort. Elle n'en voulait pas. Jusqu'au bout, elle a eu honte de ce qu'elle était."

Par Doan Bui, le nouvel Obs

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